Mali: le projet «Feere Diyara» en 5 questions

Pedro Rodriguez 1 mars 2016
Équipe du projet Feere Diyara au Mali
M. Normand Jacob, directeur de projet au Mali (3e de gauche à droite) en compagnie de son équipe.

Aujourd’hui encore, assurer une bonne couverture des besoins nutritionnels des populations dans les pays les plus pauvres de la planète constitue un défi de taille.  Au Mali, des centaines d’agriculteurs et d’agricultrices dans les régions de Bamako-Koulikoro, Ségou, Sikasso et de Mopti s’organisent et professionnalisent leurs pratiques avec l’appui du projet «Feere Diyara» («La commercialisation a été bonne»), initiative menée par l’Alliance agricole internationale (CECI, SOCODEVI et UPA DI). Cap sur la sécurité alimentaire !

Nous nous sommes entretenus avec le directeur du «Feere Diyara», M. Normand Jacob.

Quel est l’objectif principal du projet ?
Normand Jacob : « Notre projet s’inscrit dans la stratégie du gouvernement malien en matière de sécurité alimentaire. Nous travaillons avec les producteurs et productrices de céréales, d’échalotes et niébé – une sorte d’haricot fort nutritif-, entre autres, pour améliorer la qualité de leurs produits, pour augmenter la productivité ainsi que pour optimiser le conditionnement et la commercialisation afin de répondre aux attentes du marché. De cette façon, au bout du compte, nous améliorons les conditions de vie et la sécurité alimentaire des populations. »

Dans quel contexte se déroulent les activités du projet ?
NJ : « La sécurité alimentaire est un enjeu d’une importance capitale, enjeu encore plus crucial dans le contexte actuel du Mali. On parle de l’un des pays les plus pauvres de la planète et la situation ici fait en sorte que les populations du Nord sont un peu isolées, voire coupées, par rapport au Sud. Les produits et services ne sont donc pas facilement accessibles. Cela dit, au sein de l’Alliance agricole internationale, nous avons les outils et l’expérience nécessaire pour optimiser nos façons de faire et, dans le cadre du Feere Diyara, c’est ce qui nous permet de contribuer à faire une réelle différence dans la vie des populations maliennes. »

Quels sont les défis ?
NJ : « Par le passé, beaucoup d’efforts ont été concentrés sur la production. Aujourd’hui, le problème principal, le goulot d’étranglement, c’est la commercialisation, surtout dans les céréales. La production dans cette filière est atomisée, elle est dans les mains de milliers de petits producteurs et productrices (500 kg à 2 tonnes en moyenne par producteur).  Notre défi est de pouvoir organiser la mise en marché de ces producteurs et l’outil coopératif offre une solution à cette problématique. »

« D’autre part, l’accès au financement est très difficile et le conditionnement et l’entreposage de la production ne sont pas adéquats. Par le biais de notre fonds d’investissement, nous améliorons les infrastructures ainsi que les équipements de conditionnement et de transformation. »

Quels sont les résultats du « Feere Diyara » jusqu’à maintenant ?
NJ : « Notre travail pour améliorer la gouvernance au sein des coopératives a eu des effets rapides. Plusieurs organisations ont tenu récemment, pour la première fois depuis des années, leur assemblée générale annuelle et c’est quelque chose de très prometteur. De plus, nous avons mis en marche un processus pour mettre à jour et harmoniser les statuts et règlements de 16 coopératives, ce qui améliorera le fonctionnement des organisations. »

« Il est aussi important de souligner que nous avons aussi consolidé le partenariat avec le gouvernement du Mali. Les autorités maliennes s’intéressent beaucoup au «Feere Diyara» puisque c’est l’un des principaux projets dans le pays travaillant de façon intensive sur la commercialisation.»

Qu’est-ce qui vous a marqué le plus dans votre expérience au Mali ?
NJ : « J’ai fêté cette année 20 ans de relation avec ce pays. Je suis débarqué au Mali pour la première fois en 1995 et j’y suis revenu très régulièrement dans le cadre de plusieurs projets de coopération. Aujourd’hui, le changement le plus marquant pour moi est que les gens, les agriculteurs et agricultrices au sein des organisations prennent la parole dans les assemblées. Cela peut sembler banal mais, il y a vingt ans, c’était plutôt rare puisque la parole était monopolisée par peu de gens dans ces événements. Les membres des coopératives prennent leur place et exigent des comptes à leurs élus. »

Le projet «Feere Diyara», soutenu financièrement par le Gouvernement du Canada, s’inscrit en droite ligne dans les objectifs de réduction de la pauvreté, de diminution des inégalités et de création de richesse.

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