HuarmeyCoop: la route vers une histoire à succès au Pérou en six questions

Pedro Rodriguez 25 avril 2019

Entrevue avec Régis Goulet, conseiller en développement de SOCODEVI

HuarmeyCoop, quelle est l’histoire derrière ce nom ?

Régis Goulet : «HuarmeyCoop est une coopérative située dans la vallée Huarmey-Culebras, une région côtière du département d’Ancash, au Pérou. C’est une zone agricole où on retrouve une belle diversité de produits cultivés sur des terres sablonneuses. Parmi ces produits, il y a les asperges produites par les familles membres de la coopérative, organisation soutenue par SOCODEVI. Aujourd’hui, HuarmeyCoop devient, petit à petit, un modèle d’entreprise coopérative agricole pour tout le pays. »

Quelle était la situation au début de l’intervention de SOCODEVI ?

RG : « Le chemin parcouru par les productrices et producteurs de HuarmeyCoop jusqu’aujourd’hui n’a pas été facile. D’abord, c’est une région qui est régulièrement frappée par des catastrophes naturelles. Lors de notre arrivée dans la région en 2013, il n’y avait pas de coopérative, les familles productrices travaillaient dans leurs parcelles de façon aléatoire, sans suivi technique et avec très peu de ressources. La qualité des asperges était faible, elle ne répondait pas aux exigences du marché. Dans un tel contexte, il était difficile de percer le marché et d’entamer des négociations avec les principaux exportateurs nationaux et obtenir ainsi des retombées significatives pour les familles. »

En quoi a consisté le travail réalisé auprès des productrices et des producteurs ?

RG : « Avec l’accompagnement du projet PRODIVCOM, initiative de SOCODEVI soutenue financièrement par le gouvernement canadien, les familles agricultrices se sont dotées d’une entreprise coopérative. La HuarmeyCoop voit le jour en décembre 2014 et compte à ce moment-là une quarantaine de familles membres. Nous avons mis beaucoup d’efforts sur l’accroissement de l’offre et de la qualité du produit mais aussi sur la gouvernance ainsi que sur le renforcement du leadership des femmes au sein de l’organisation. Nos équipes ont aussi travaillé très fort sur une stratégie de commercialisation concise afin de consolider la crédibilité de la nouvelle coopérative auprès des exportateurs. Notre but était d’améliorer de façon tangible et durable les revenus des familles membres »

Atteindre le marché international était un grand défi, comment cela s’est passé ?

RG : « Il fallait augmenter le rendement des parcelles et obtenir des certifications importantes pour satisfaire aux exigences des clients internationaux. Il fallait aussi réduire les coûts de production et investir dans l’innovation pour améliorer les pratiques agricoles. De plus, nous devions nous assurer d’une gestion entrepreneuriale de qualité soutenue par des dirigeants et dirigeantes engagés. Pour y arriver, l’appui technique fourni par nos équipes ainsi que par nos partenaires d’exécution a été fondamental et, en 2017, le premier conteneur d’asperges de HuarmeyCoop pour l’exportation est devenu une réalité. »

Aujourd’hui, quels sont les résultats ?

RG : « Les asperges de HuarmeyCoop se retrouvent dans plusieurs pays et toute la région de Huarmey en bénéficie car la performance de cette chaîne de production a permis de créer une centaine de nouveaux emplois. Le rendement des parcelles a augmenté de 10 % et les coûts de production ont diminué de 15 % et on continue à les réduire. Le chiffre d’affaires a augmenté de 300 % depuis la création de la coopérative et atteint en ce moment plus de 1,2 millions de $ CAD. Finalement, les familles membres ont vu leurs revenus augmenter de 25 % grâce à l’obtention de la certification de production équitable. En d’autres mots, la coopérative est maintenant un acteur économique clé et, surtout, une source de grande fierté dans la région. »

Quelles sont les perspectives de la HuarmeyCoop pour les années à venir ?

RG : « Notre intervention auprès de la coopérative se termine en mars 2020, donc il y aura des nouveaux défis à surmonter pour l’organisation et ses membres. HuarmeyCoop devra redoubler les efforts et poursuivre sa réflexion concernant une stratégie de diversification afin de pallier les fluctuations du prix de l’asperge, des variations qui ont été par ailleurs très significatives au cours de 2018. De plus, il faudra attirer davantage des jeunes producteurs et productrices, c’est la relève générationnelle qui doit être assurée par un plan d’action bien ficelé. »

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